
Prévenu en dernière minute alors que je comptais prendre une ou deux semaines de vacances, je me retrouve finalement embarqué pour aller assister à la table
finale des WSOP. Programme plutôt alléchant mais qui risque de ne pas être de tout repos. Après trois avions et un peu moins de vingt heures de trajet, j'arrive en compagnie de Léo "le dingo"
(gros joueur d'Everest Poker) dans la cité du vice. Christopher alias "Xewod" nous attendait depuis deux heures devant le Rio (à cause d'un léger problème de réservation). Après quelques coups de
fils et coups de gueules, tout le monde trouve un logis pour la nuit et on peut enfin aller boire un verre pour décompresser. Tout le monde fatigue assez vite, et on ne se couche pas trop tard
(enfin tout est relatif), juste le temps de manger dans un "dinner" et de faire une rapide ballade sur le Strip.
Après une courte nuit, je passe la journée à rouiller dans le Rio : starbucks, gros burger, solitaire sur l'iphone. Rien de très passionnant, je prend quand
même le temps d'aller voir le théâtre "Penn & Teller" dans le Rio où se déroulera la table finale. Arrive enfin la soirée, qui débute avec un apéro dans le bar lounge de l'hôtel en compagnie
entre autres de Marc ("Locsta") et Laurent ("Magikcris"). On finit par décoller direction le Caesar Palace pour une soirée Everest, sorte de Welcome Party pour fêter la table finale d'Antoine. La
fête se déroule dans une suite luxueuse tout en haut de l'établissement. À noter que la dernière personne à avoir loué cette suite n'était autre que... Barack Obama.
Début de soirée assez calme, arrosée à la bière. On finit par se faire apporter quelques bouteilles de vodkas alors que les trois quarts des guests étaient
parti. Juste le temps de sirroter quelques verres avec Antoine, David, Léo, Marc, Chris et Laurent et nous sommes priés de quitter les lieux.
Pas de problème, direction le "Voodoo" (la boîte branchée du Rio) qui est bondée. On a une petite place dans un espace VIP sur la terrasse extérieure. Peu
attiré par la musique et l'ambiance trop festive à mon goût, je me contente d'admirer la magnifique vue de Vegas qu'offre la discothèque. Je ne regrette pas d'être venu, rien que pour
ça.
Fatigué, je décide d'abandonner mes camarades et redescend au rez de chaussée. À defaut d'aller me coucher, je me retrouve en fin de compte sur une machine à
sous (elle me regardait de travers la vilaine). Porté dans un élan de chance, je lui soutire quelques centaines de dollars et cashout instantanément pour aller tester la poker room. Il reste une
place sur une table de 1/3, parfait. Je m'installe en me cavant à environ 70BB et j'en perd les deux tiers sur le premier coup joué (paire de valets sur un board contenant trois As, obviously mon
adversaire possède le dernier As). Je rajoute une centaine de dollars pour pouvoir jouer un minimum deep et reperd quelques coup. Le niveau n'est pourtant pas très bon, mais mon run ne l'est pas
également. Au bout d'une heure je finis par doubler mon tapis (qui était devenu peu consistant) et commence une ascension infinie où je relance une main sur trois et fais passer mes adversaires
souvent dès le flop en effectuant un simple c-bet à chaque fois (les quatre joueurs à ma gauche étaient vraiment très weak). Les deux fois où ces derniers ont tenté un moove en me relançant à
tapis au flop, je possédais malheureusement pour eux les nuts (ou pas loin). Bref, je me retrouve rattrapé par l'heure. Il est désormais 6 h 30 du matin, et je dois vraiment aller me coucher car
demain la table finale ne m'attendra pas pour commencer.
À peine trois heures de sommeil plus tard, c'est parti pour une journée marathon. On ne peut pas dire que je sois très en forme, je me déteste vraiment pour ça. Tant pis, pas vraiment le choix, je passe rapidement dire bonjour à Antoine, Benjo et consorts qui sont en train de discuter dans le restaurant qui sert pour l'occasion de QJ pour le clan Everest venu supporter Antoine avant de partir en quête de mon accréditation pour le tournoi. Après trois aller-retour dans les longs couloirs du Rio à travers la foule venue en masse assister à ce prestigieux événement, j'arrive enfin à trouver ce putain de stand et à obtenir mon précieux sésame.
Il est un peu plus de midi, et après avoir commater une petite heure dans le canapé qui me sert de poste de travail dans l'amphithéâtre, je publie mon premier article de la journée : le tournoi peut commencer, je suis prêt. Je ne vais pas vous raconter le tournoi, ce serait inutile (vous pouvez trouver mon coverage sur ClubPoker ou celui de Benjo sur Winamax). Cette finale a été très belle, et nous avons vibré tout le long de la journée que ce soit avec l'élimination de Phil Ivey, les donations de Moon, ainsi que les setups en tout genre. Je ne regrettais d'un coup plus le fait de ne pas avoir pris de vacances pour venir ici. Surtout qu'il était en train de se passer quelque chose de magique, notre joueur français, shortstack en début de table finale, était en train d'écraser ses adversaires un à un à coup de relances et de surrelances. Tout était parfait jusqu'à ce moment clé : ils ne sont plus que trois joueurs, Antoine Saout est chipleader et se retrouve à tapis contre Joe Cada assez short. Le français retourne une paire de dames et est loin devant la paire de deux du jeune américain. Si Antoine gagne ce coup, il se retrouvera en headsup du plus gros tournoi de l'année avec la plupart des jetons et sera en excellente posture pour gagner ce tournoi et rentrer dans l'histoire du poker à tout jamais.
Mais le destin est parfois cruel, et la croupière retourne un deux dès le flop qui vient donner un brelan à Joe Cada. Celui-ci saute de joie sous les hurlements de ses amis et sa famille venus l'encourager, tandis que la petite centaine de français présent dans la salle se prend un énorme coup de bambou derrière la nuque. Tout n'est pas fini bien sûr car il reste encore pas mal de jetons au français, mais ce coup là marque un tournant dans cette table finale.
Le coup suivant arrive et après une relance de Joe Cada, Antoine Saout fait tapis avec une paire de huit. Il est payé par l'américain qui retourne AK. Toute la france du poker prie pour qu'aucun As ni Roi ne tombe et après quatre briques sur le board, un Roi vient crucifier Antoine sur la river.
Le temps s'arrêta un moment, les larmes coulent, c'est terminé pour le joueur breton. Il allait gagner ce tournoi, nous en étions tous persuadé et moins de dix minutes, ce fut une la sortie de route pour lui. Il avait pourtant pratiqué un poker de haute voltige durant toute la journée et avait déjoué tous les pronostics. Je n'arrive pas à digérer tout de suite, et après avoir rédigé un post sur l'élimination d'Antoine ainsi que sur la fin de la journée, j'erre dans les couloirs du Rio un petit bout de temps avant de finir par rejoindre le restaurant où nous attendait quelques bouteilles de champagnes.
L'heure n'était pas pas à la fête, mais on finit quand même par célébrer ce qui est tout de même une énorme performance : la troisième place du main event
des WSOP. Bravo Antoine Saout, tu as su défendre de fort belle manière les couleurs de notre pays et tu laisseras assurément une trace dans l'histoire du poker tricolore.
Dans un état émotionnel et physique que je n'avais encore jamais connu, je suis mort de fatigue mais je ne peux pas me coucher, pas après cette journée de presque 18 heures où nos nerfs ont été mis à rude épreuve. Je pars gambler avec "Mama" (un pote de Jooles, journaliste également) dans le Rio plusieurs heures avant de finir par m'inscrire au turbo donkament du matin. Trois mains plus tard, je repars dans ma chambre pour réceptionner un appel de la Radio qui se déroulait en direct de Paris. Une fois le coup de fil terminé, il est environ 15 heures et je me laisse tomber dans mon lit, totalement épuisé.
Levé à 23 heures, je suis complètement déphasé. Je pars rejoindre les troupes qui sont au bar lounge en train de prendre l'apéro. On décide rapidement de migrer au O'Sheas, jouer au beer pong pour certains, manger pour d'autres. J'opte pour la seconde option et regarde de loin les autres s'amuser. Antoine semble avoir encaissé son élimination, il est d'humeur festive. On quitte ce lieu au petit matin, il ne reste plus grand monde : Antoine, sa soeur, Léo et moi. On rentre au Rio, la roulette nous attend. Quelle folle matinée, j'ai jamais autant vibré à une table de jeu. Je ne peux pas vous raconter les détails, mais mon portefeuille a en tout cas peu apprécié la session et je me retrouve vers 11 heures à faire avec Chris le donkament du matin. Repassé en mode "sérieux", je joue quasiment à la perfection tout le long du tournoi et sur les 80 joueurs au départ du tournoi, on se retrouve côte à côté avec Chris alors qu'il reste à peine 16 joueurs. Ce tournoi ne ressemble à rien : on joue trois mains par level et les blindes augmentent tellement vite que même en doublant son tapis une fois tous les deux niveaux, on se retrouve inéxorablement avec au maximum 4BB.
Arrive un coup qui sera mon dernier. Je viens de quintupler mon tapis le coup d'avant et je possède donc 5 blindes (je suis deep wahou!). Trois joueurs font tapis avant, j'ai le malheur de découvrir une paire d'As au bouton, et vu la structure, je n'ai guère d'autres choix que de payer en annonçant "i will loose with my hand, can't beat three players with aces". Je fais face à une paire de huit, une paire de neuf et une paire de rois. Un huit tombe dès le flop et l'affaire est réglée : bonne nuit ! Ereinté, je pars me retirer dans ma chambre d'hôtel.
Après quelques heures de repos, il est temps de se relever pour aller suivre le tête à tête final opposant Joe Cada à Darvin Moon. Nos pronostics avec Benjo sur la durée du heads up comme quoi cela allait durer à peine dix mains allaient ils s'avérer correct ? Et bien non, c'est avec plaisir et une pointe de surprise que ce tête à tête final se révela intéressant. Moon malgré son inexpérience se défenda plus que bien et c'est au bout du suspens que le bourreau d'Antoine Saout remporta ce titre 2009. Les WSOP ont leur nouveau champion, et à 21 ans, Joe Cada (sponsorisé par PokerStars) devient le plus jeune vainqueur du main event des World Series. Mon travail ici est désormais terminé et je peux aller profiter des dernières heures qu'il me reste à passer dans cette ville intemporelle.
Une après midi shopping plus tard (où j'ai notamment dévalisé la boutique Calvin Klein), il est temps de savourer une dernière soirée avec toute la bande
(Antoine, David, Léo et conpagnie) et ce sera au O'Sheas. La soirée passe très vite et il est déjà 4 heures du matin, l'heure de rentrer l'histoire de dormir au moins deux heures avant de se
lever pour prendre l'avion et repartir en France. Le séjour est fini, et on peut dire qu'il n'était pas de tout repos. Cette ville est vraiment éreintante, mais bon, ce sera avec plaisir que j'y
retournerais l'été prochain.
Prochaine étape : Vilamoura au Portugal pour l'European Poker Tour. Rien de tel pour se refaire une santé.